Comprendre/CPAS/Workfare

#CPAS : Le service communautaire est-il comparable au #STO d’Hitler? Non, quoique !

Conversation avec Michel Recloux, coordinateur de la Bibliothèque George Orwell des Territoires de la Mémoire, sur le Service du Travail Obligatoire d’Hitler, le service communautaire des CPAS, les pauvres inutiles, le fascisme en col blanc, et, la loi Godwin!

Logés dans les anciens thermes de la Sauvenière, rénovés, les Territoires de la Mémoire sont un véritable bastion liégeois de l’éducation populaire sur les camps de concentration nazis pendant la seconde guerre mondiale. Devoir de mémoire oblige, le lieu abrite une immanquable expo: « Plus jamais ça! ». Mais son action ne se limite pas à cette expo à succès, comme l’explique Michel Recloux :michelrecloux-photo-pascal-heydt-e1486489540180

Le service communautaire ou le travail contraint des pauvres

La loi Borsus (1) vise à contraindre les bénéficiaires du Revenu d’Intégration Sociale (RIS) des CPAS à travailler des heures gratuites « pour la collectivité » pour prouver qu’ils méritent effectivement de vivre dans l’indignité d’un revenu qui les maintient dans la misère et l’endettement et les conduit à avoir droit (sic) aux colis alimentaires et aux restos du coeur! Les pauvres doivent se rendre utiles quoi, ils sont une charge !

Pour que vous n’imaginiez pas « le paradis sous les cocotiers » en voici les montants (en vigueur depuis avril 2016)

  • Personne avec une famille à charge : 1133,85 EUR/mois
  • Isolé : 850,39 EUR/mois
  • Cohabitant : 566,92 EUR/mois

Décrit comme ça, officiellement, le service communautaire a l’air insipide et peu dangereux. Mais on sait quel est l’objectif parce qu’il a été dit clairement par son promoteur dès le départ, puis il a fallu diluer le texte de la loi pour ne pas contrevenir à d’autres lois, genre en instaurant du volontariat obligatoire (sic). Tout se nouera dès lors dans l’entretien en tête-à-tête entre la personne sans revenu, qui sous la menace de se voir privée de tout secours financier, devra obtempérer à toutes les injonctions du gestionnaire de son dossier. Le même problème existe aussi dans le tête-à-tête au Forem (Wallonie) et Actiris (Bruxelles) pour les chômeurs.

Borsus def service communautaire

Le travail forcé des chômeurs britanniques a démontré que c’est un exemple à ne pas suivre, d’autant que le secteur privé marchand comme non-marchantd y avait accès. Ici, du secteur privé, seul le non-marchand y a accès (ce qui est un énorme problème vu qu’il subit l’austérité budgétaire de ses subsides de plein fouet).

Les bénéficiaires de RIS qui refuseraient ou arrêteraient le service communautaire peuvent subir une sanction. Une étude britannique menée conjointement par le DWP (Ministère de l’Emploi et des Pensions) et Oxford City Council a démontré que le fait de sanctionner les chômeurs ne leur faisait pas retrouver du travail plus vite, c’est même le contraire (Source : The Independent 6/06/2016). Exit l’argument de ultra-droite que la sanction et la misère ‘incitent’ à retrouver du travail.

Par ailleurs, la soi-disant lutte contre la pauvreté menée par ce #begov des droites extrêmement extrémistes est si inefficace, (si si!) que ce begov a dû se rendre à la raison : l’augmentation constante de bénéficiaires liés aux exclusions des chômeurs couplée à la pauvreté croissante des travailleurs conduit à devoir donner plus de moyens budgétaires aux CPAS pour gérer l’afflux. Or la droite a juré détruire l’emploi public. Ce ne sont évidemment pas des emplois stables mais bien des contractuels qu’on engage désormais partout, qu’on pourra éjecter pour faire des économies quand on devra combler un des nombreux trous budgétaires d’un gouvernement affligé de dyscalculie aiguë …

Suite à l’arrivée des exclus du chômage dans les différents CPAS, Willy Borsus, le ministre fédéral de l’intégration sociale, a annoncé une bonne nouvelle (?!) la semaine dernière. Il dégage un budget récurrent pour payer les frais de personnel : pour commencer 20,5 € millions en 2016 et 21,2 € millions en 2017. C’est une excellente nouvelle répondent tous les #CPAS ». (source RTBF 16/11/2016).

Une bonne nouvelle que les CPAS croulent sous les miséreux et soient obligés d’engager du personnel… Or, la main-d’oeuvre gratuite potentielle ne cesse d’affluer vers les CPAS grâce à la politique des gouvernements successifs, car le graphisme le montre, la pauvreté n’a pas cessé d’augmenter depuis …. 2003 ! (source baromètre FGTB).

Désormais, se détourner des plus opprimés que soi, c’est se livrer, soi-même et sa famille, pieds et poings liés à l’ennemi, notre classe politique et son bailleur de fond, le grand patronat et occasionnellement le Kazakhstan.

Laisser faire sans sourciller l’exploitation éhontée des pauvres gratuitement, sous la contrainte, et sans salaire, c’est juste se promettre un avenir bien noir, car l’Histoire nous a déjà raconté, comment on commence par cibler les bouc-émissaires que la population, les travailleurs divisés en classes de revenus, fort veules, déteste et ne défendra pas, pour finir par toucher, ceux qui se croyaient à l’abri …

Personne n’est à l’abri d’un tweet émotionnel sous le coup de la colère

Mais, la journaliste qui sommeille, encore, en moi tient à une certaine rigueur intellectuelle et à ne pas trébucher sur la loi Godwin parce qu’elle se sent persécutée (#ChômeuseProfiteuse) et que le pire exemple de persécutions infligées en Europe récemment, avant celle des chômeurs menée tambour battant à coup de politiques austéritaires à travers l’UE, c’était le nazisme.

J’ai donc demandé à un spécialiste du sujet, Michel Recloux, coordinateur de la Bibliothèque George Orwell chez Territoires de la Mémoire, si j’avais trébuché, d’abord, et si oui, pourquoi le service de travail obligatoire sous Hitler était différent du service communaut aire d’aujourd’hui et ne serait-il pas possible d’y voir (tout de même) des points de comparaison légitimes, – personne n’aime avoir tort sur toute la ligne (^^).

Sa réponse est nuancée. Ecoutez-là.

michelrecloux-photo-pascal-heydt-e1486489540180

Les démocrates ne doivent pas céder à la tentation totalitaire

Petit rappel, le travail forcé ou obligatoire contrevient à la convention n°29 sur le travail forcé de l’OIT ! Nos gouvernants ne sont pas très légalistes et respectent les lois qui les arrangent, mais la transgression ne passera pas inaperçue, surtout qu’à l’Organisation Internationale du Travail (OIT) siègent aussi des représentants patronaux …

En toute hypothèse, l’OIT a jugé qu’imposer des travaux d’intérêt général aux chômeurs contrevient à l’interdiction du travail forcé si l’Etat exploite les contraintes en offrant aux gens qui n’ont pas d’autre possibilité un emploi à des conditions qui ne seraient normalement pas acceptables. Les chômeurs se verraient contraints d’effectuer des prestations de travail sans rémunération et sans bénéficier de la protection de la législation du travail et de la sécurité sociale, Elise Dermine, juriste, aspirant FNRS à l’Université catholique de Louvain

Point Godwin ou pas, cela ne change rien au fait qu’il faille abroger la loi Borsus, si on est démocrate et qu’on considère :

  1. Que tout travail mérite salaire et non que toute allocation mérite travail forcé gratuit !
  2. Que la Constitution belge stipule qu’il existe un droit au travail et un droit à la protection sociale.
  3. Que nous sommes tous égaux devant la loi, et non comme dirait George Orwell, que certains (les fraudeurs fiscaux que #begov ne traque pas, eux, comme des bêtes malfaisantes) sont plus égaux que d’autres.

Résistance 3.0

Nous vivons une guerre de classes économique. C’est le pognon qui sert à nous départager, qui définit qui a des droits et qui a des contraintes et privations de libertés. Les inégalités sociales sont la résultante de la guerre de classes économique. Les grands argentiers décident, les politiciens mettent en oeuvre et les pauvres subissent sans vraies possibilités de recours gagnants. Le refus d’obtempérer des bénéficiaires du revenu d’intégration sociale paraît inconcevable vu l’étau que peut resserrer sur eux, à volonté (sanctions), le collabo du CPAS qui les encadre de près…

Mais il faut l’encourager, cette résistance, car les moutons ne font pas de bons résistants.

Et la loi Borsus ne dit pas que le travail gratuit est obligatoire, texto (ou le volontariat forcé, c’est illégal …), c’est le contrat (Projet Individualisé d’Intégration Sociale ou PIIS) qu’est obligé de signer le bénéficiaire de RIS qui rend toutes les actions qu’il reprend obligatoires. Oui, c’est pervers, c’est du belge… Donc si vous n’avez pas les moyens de dialoguer et de vous faire entendre au sein du CPAS, il ne faut surtout ne pas signer n’importe quel contrat en acceptant les engagements que le CPAS veut forcer.

Préférez signer tout document du CPAS en ajoutant discrètement la mention: « sous la contrainte » ou « à l’insu de mon plein gré » (version humour noir, la politesse du désespoir). C’est un petit geste, mais, légalement, officiellement, vous êtes encore des citoyens libres (un ange passe).

Bien entendu une campagne « commune/CPAS/Service public/organisation hors service communautaire » a déjà été lancée pour que ceux qui sont autorisés à exploiter le travail gratuit des plus pauvres, les CPAS en tête (juges et parties puisqu’ils mettent la mesure en oeuvre et en sont les premiers bénéficiaires), les communes, les services publics, et le secteur non-marchand s’engagent à ne pas user de cette manne de travailleurs taillables et corvéables, et totalement muselés par le pouvoir des cordons de la bourse tenus par les CPAS.

La Ville de Liège, par exemple, a pris la décision ce 8 décembre à l’unanimité (donc avec le MR promoteur pourtant de la mesure …) de ne pas appliquer le service communautaire en 2017. Décision pour le moins hypocrite, ça ne leur garantira pas une place au paradis, c’est clair …

communique service communautaire ville de liege 081216

L’intérêt, c’est qu’au prochain scrutin, vous n’aurez aucune difficulté à savoir pour qui ne pas voter, il suffira de voir si dans votre commune/province, on a mis en place cette mesure immonde et vous saurez qui sont vos ennemis, oui, même si vous n’êtes pas (encore) concernés. A moins d’être plein aux as et d’avoir des comptes avec des millions dans des paradis fiscaux, vous êtes potentiellement concernés dans un avenir proche (à écouter la NVA qui a l’intention de fermer la sécu pour remplir les CPAS et donc augmenter la potentielle manne de main-d’oeuvre contrainte).

Les pauvres, tout le monde s’en fout, sauf 7 jours avant Noël

D’ailleurs, c’est parce que les spécialistes de la communication savent que vous avez la larme facile et fort mauvaise conscience (car vous ne méritez pas vraiment tous vos cadeaux), aux environs de la mi-décembre, pour une période très courte, jusqu’au soir du réveillon de Noël, que l’émission de la RTBF #VivaForLife racole de l’audimat avec des émissions / défis débiles pour solliciter des dons qui ne vont pas directement aux enfants pauvres, mais bien à des associations et fondations subsidiées et reconnues par ailleurs (donc sous-financées à dessein, politiques austéritaires obligent) qui servent d’alibi au pouvoir pour dire qu’il « lutte contre la pauvreté infantile », quand par ailleurs les besoins de base restent non couverts par le niveau trop bas du revenu de (dés) intégration sociale: se nourrir, se vêtir, se soigner, se loger, se chauffer, se déplacer, offrir une vraie Saint-Nicolas et un vrai Noël aux enfants, payer les factures en retard, les dettes, etc.

Bref, si lorsqu’on est privé d’emploi, on n’était pas en plus un paria, privé de tout, un déclassé social, un exclu du droit à la citoyenneté que seul l’argent procure, et réductible à ne devenir la source de commisération qu’une fois l’an, pendant 7 jours, montre en main, mais qu’on pouvait effectivement conserver sa dignité d’être humain, comme le prétend l’article de la Constitution belge qui sonne toujours très creux désormais et totalement faux, surtout, on n’aurait plus besoin de vous casser les pieds pour des dons, ni à Noël, ni à Pâques, ni à la Trinité. Nos politiciens sont des ordures qui ont voté des lois pour nous affamer en pleine pénurie aggravée d’emploi (non ce n’est pas une hallucination). Beaucoup de travailleurs pauvres sollicitent l’aide du CPAS aussi, ne l’oublions pas.

La pauvreté est une arme politique » a déclaré Ken Loach (réalisateur britannique et activiste de la gauche anticapitaliste).

Mais la pauvreté et, surtout, la colère qu’elle produit quand on la vit, peut aussi inciter à la révolte, on l’a vu avec le referendum qui conduit au #Brexit, les gueux savent dire merde à l’Establishment quand ils sont poussés à bout … Mais nos politiciens, eux, ont des affaires à faire et mieux à faire que de règler les problèmes qu’ils ont eux-mêmes créés de toute pièce. Donc, on ne sait plus à quel politicien se vouer, et globalement, une franche majorité des élus a voté des lois liberticides, donc nous devons reprendre le contrôle de nos vies et de nos libertés fondamentales, de notre droit à la vie, par belle ou par laide, surtout par tous les moyens, démocratiques ou non, désormais, on y est acculé face à la violence de l’attaque contre nous. Et si vous pensez que seul ce #begov pue, détrompez-vous! En Belgique, déjà en 1993, notre chère Laurette (Onkelinx, PS) avait déjà « testé » la mise sous tutelle par contrat des jeunes au minimex des CPAS (l’ancêtre du RIS). C’était les premiers pas de l’activation. Prendre les plus jeunes, les plus fragilisés, les plus malléables, c’était malin, méchant et malin. Le fond de l’air effraie depuis déjà de longues années en #begov et tous les #begov successifs depuis les années 80 y participent.

L’extrême-droite n’avait pas encore été au pouvoir que déjà la misère ne cessait de progresser dans notre pays.

Comme quoi, le « bon démocrate traditionnel » est un extrémiste comme les autres. Je l’écris depuis longtemps,(si si), la Belgique avec son très haut niveau de protection sociale est un laboratoire de détricotage ciblé des droits sociaux, pour que ce soit discret, « pidjote à midjote », que ça touche des poches de citoyens, sans trop de visibilité, depuis des décennies. Sauf qu’à un moment donné, il y a tellement de monde sur le carreau que ce n’est plus possible de le cacher, ça se voit à l’oeil nu!

C’est pour ça que nos politiques sont si perverses: elles font minent de tendre une main secourable quand en réalité, elles enfoncent la tête sous l’eau à celui qui se noie. Ce gouvernement-ci a juste accéléré le processus qui est en marche mettant les syndicats hors-jeu, s’asseyant sur la sacro-sainte négociation sociale (qui a entériné un bon lot de mesures dégueulasses, prétextant que « on a évité le pire », vraiment ?!). Ce n’est pas quand les grands patrons décideront qu’ils en ont marre de modérer les salaires, et que, in fine, ils devraient bénéficier de main-d’oeuvre gratuite, surtout, et ne payer que le strict minimum: des salaires nets, ou comme la droite aime à le dire, le « salaire poche » (c’est comme ça que le patronat parle à l’ouvrier débile profond) sans sécu, à quelques cadres collabos de « haut niveau », quand le reste « vivra » de l’allocation universelle (ô horreur) mais surtout pendu à un clou et prêt à accepter tous les boulots désormais « ubérisés ». Déjà qu’aujourd’hui, le patronat ne paie pas toutes les heures sup (sic) voire ne paie pas les salaires prévus par la loi, parce qu’il ose tout, et qu’il n’y aura bientôt plus du tout d’inspection sociale pour coincer les patrons fraudeurs après la réforme du #begov qui vise à fusionner différents services d’inspection sociale pour les ramener sous l’égide de l’ONSS, une perte d’indépendance et d’efficacité selon les protagonistes mais qui s’en soucie? La réforme passera, comme les autres … Les pauvres moutons sont donc bien gardés, les loups, eux, courent en liberté (espèce menacée oblige), or si on veut continuer à raser les moutons de près, il faut que les loups ne les dévorent pas trop vite, à moins que les moutons ne se rebiffent …

Corine Barella

(1) La Loi Borsus en question est en réalité la généralisation des « Projets Individualisés d’Intégration Sociale » (PIIS) ou simulacre de contrat pour mettre la pression sur les personnes, à mettre en oeuvre des actions reprises par la loi et « bien notées » par le pouvoir qui justifierait ainsi de recevoir un revenu d’intégration alors que le fondement de départ du revenu est justement que la personne n’a rien d’autre comme revenu qui puisse lui permettre de survivre. Au 1er novembre 2016, tout nouveau bénéficiaire du droit à l’intégration doit s’y plier ( et trétroactivement les bénéficiaires des 6 mois qui précèdent). Au Forem, ces mêmes soi-disant contrats s’appellent « plan d’actions individuel », et définissent les actions du demandeur d’emploi pour retrouver un job.

Photo de Michel Recloux par Pascal Heydt

    Musique conseillée: Nacht Und Nebel, « Beats of Love », 1983, Antler Records
      « Like »

les Territoires de la Mémoire sur FB

      Visitez l’expo permanente

« Plus jamais ça!

      « Consulter le catalogue en ligne de la

Bibliothèque George Orwell

    <
      Portez le

triangle rouge contre l’extrême-droite

      Julien Paulus,

« Démocratie et extrême droite économique : entretien avec Paul Jorion », Aide Mémoire N° 67.