Comprendre

Belgique: chasse aux chômeurs ou le carrousel de la Sécu au mérite

Le 7 avril 2011, la Régionale Liège-Huy-Waremme de la FGTB organisait une matinée de réflexion et d‘échanges entre syndicalistes, sans emploi et acteurs de l’insertion (essentiellement des représentants d’entreprise d’insertion par le travail ou formateurs) pour tirer les leçons de la politique d’activation des chômeurs lancée par le ministre de l’emploi de l’époque, Frank Vandenbroucke (socialiste flamand, SP.a.) en 2004.

La mesure avait pourtant fait l’objet d’une évaluation, pour le moins négative, au Parlement fédéral, en commission des Affaires Sociales de la Chambre, le 9 mars 2010. Sans effet positif, le marchandage Nord-Sud a empêché que quoi que ce soit ne change. Signe que l’urgence sociale est le cadet des soucis d’un gouvernement démissionnaire dont les partis francophones choisissent d’échanger les sans emploi contre une scission de la Sécu voulue par le Nord. En attendant les sans emploi trinquent, surtout au Sud!

D’emblée, Jean-François Ramquet, le Secrétaire général de la Régionale Liège-Huy-Waremme de la FGTB, a replacé la lutte contre «la chasse aux chômeurs» dans un contexte européen de combats syndicaux contre la précarisation du travail couplée à une énorme pression à la baisse sur les salaires et les droits sociaux, notamment via le Pacte de compétitivité européen qui ne préconise rien de mieux que la fin des systèmes de protection sociale en Europe. (Lire Pacte pour l’Euro. Décryptage et analyse in L’Humanité, 9 mars 2011). Jean-François Ramquet insiste en outre sur le fait qu’organiser un colloque sur la question de l’activation des chômeurs est en soi «un acte politique fort» pour marquer la volonté de la FGTB liégeoise de continuer à se battre contre ce qu’elle qualifie de «carrousel» de l’exclusion, de concert avec la FGTB wallonne qui regroupe toutes les régionales de la FGTB pour la Wallonie.

Jean Faniel, politologue au CRISP souligne que le discours patronal vantant la modération salariale et fustigeant les soi-disant «charges sociales» (en clair la partie du salaire brut qui sert à payer la protection sociale et n’est une charge que dans certaines vues de l’esprit) a vu le jour dans les années 70. Aujourd’hui, c’est tout un arsenal européen, de la stratégie européenne pour l’emploi au pacte de compétitivité, qui se coordonne pour orchestrer la pression exercée sur les chômeurs et favoriser ainsi la baisse des salaires.(Belgique : l’assurance chômage entre pressions européennes et polémiques régionales, in Chronique Internationale de l’IRES, novembre 2008).

Cette pression ne s’exerce que grâce à l’existence d’une «armée industrielle de réserve», comme l’appelait Marx. Ce que le sociologue Pierre Bourdieu (in Le Monde Diplomatique, mars 1998) explique ainsi «Le fondement ultime de tout cet ordre économique placé sous le signe de la liberté, est en effet, la violence structurale du chômage, de la précarité et de la menace du licenciement qu’elle implique : la condition du fonctionnement «harmonieux» du modèle micro-économique individualiste est un phénomène de masse, l’existence de l’armée de réserve des chômeurs».

L’enfer est pavé de bonnes intentions…

Qu’est-ce que la chasse aux chômeurs, appelée aussi activation du comportement de recherche d’emploi, contrôle de la disponibilité du chômeur à l’emploi ou plan d’accompagnement (pour le Forem en Wallonie, Actiris à Bruxelles et le VDAB en Belgique néerlandophone).

C’est une mesure complexe en deux temps – portant des vocables qui prêtent en réalité à confusion : le Forem qui «accompagne» et l’ ONEM qui «active» l’allocation comme la recherche d’emploi du chômeur, via le contrôle et la sanction, sous le fallacieux prétexte de «motiver» – en réalité harceler – le chômeur à trouver un emploi et cela même s’il en a déjà un … à temps partiel!

Depuis le lancement de la mesure en 2004, la FGTB a calculé que 938 000 demandeurs d’emploi ont été averti qu’on allait contrôler leur disponibilité à l’emploi pour toute la Belgique. Et la FGTB liégeoise de réaffirmer que ce n’est pas le chômeur qui est majoritairement indisponible mais l’emploi.

Comme le démontrent ces quelques chiffres, en février 2011 :

L’ONEM indemnise 196.471 chômeurs demandeurs d’emploi en Wallonie (Communauté germanophone incluse)
et le Forem gère pour le même mois quelques 22.162 offres d’emploi.
Edifiant non ?

On l’oublie souvent, mais la chasse aux chômeurs est une des épineuses questions communautaires Nord (belges néerlandophones – Flandre) – Sud (belges francophones = Wallonie et Bruxelles). En effet, le Nord soupçonne notoirement le Sud de «profiter» des largesses de la Sécu secteur chômage et accuse de laxisme les politiciens francophones qui entretiendraient ainsi leurs électeurs – chômeurs, cette armée de fainéants, surtout wallons. La Flandre réclame donc une «responsabilisation» de la classe politique francophone (traduction : qu’on mette tous ces politiciens corrompus sous tutelle flamande).

Chiffres du rapport ONEM 2010 :

Total pays : 16 720 suspensions et exclusions
dont Francophones = 12 540 = 75%
et Néerlandophones = 4 180 = 25%

Et la Fédérations des entreprises de Belgique (FEB) qui s’inquiétait en 2006 car:

Deux ans après son lancement, nous constatons que le nombre de demandeurs d’emploi indemnisés de moins de 40 ans baisse effectivement (-8 % pour les moins de 30 ans et -6 % pour les 30 à 40 ans) et qu’il y a un glissement vers des demandeurs d’emploi suivant une formation professionnelle ou générale et des études, et vers les exonérations pour raisons sociales ou familiales. Il n’y a toutefois pas encore d’effet convaincant en termes d’emploi. L’impact sur le chiffre du chômage global et les dépenses de l’ONEM ne se fait pas non plus sentir. Il est encore trop tôt pour cela. La voilà rassurée !

En résumé, on menace d’exclure un sans emploi s’il ne démontre pas chercher un emploi qu’il y a peu ou pas selon les cas. En aucun cas, il ne doit trouver cet emploi, ce qui compte c’est d’être un «bon» chômeur et de répondre à cette injonction paradoxale des pouvoirs publics.

En attendant, la FEB ne perd pas le nord, au nom du grand sens civique patronal, celui qui entretient un chômage structurellement élevé même en période de « non-crise aigüe », elle a revendiqué et obtenu des sommes astronomiques sous forme de réduction de notre protection sociale ( ce qu’on leur ristourne, c’est une perte sèche pour les caisses de la Sécu !)  donc de cotisations sociales ou mieux labellisées « charges sociales » comme ça on en oublie qu’elles sont une part du salaire, brut, l’essentiel, celui qui nous assure un revenu quand on a été viré, par le même patronat…

Comme le montre l’analyse de la FGTB fédérale en 2012 (document interne).

Un carrousel, cette «Sécu au mérite» !

La FGTB liégeoise est évidemment un des détracteurs les plus virulents du plan d’accompagnement et de l’activation des chômeurs, directement suivie par les CPAS wallons, car les bénéficiaires du revenu d’intégration doivent eux aussi être « activés » à trouver de l’emploi.

Les CPAS wallons ne cachent pas leur déception que pour 100 minimexés «activés», seuls 8 vont effectivement trouver un emploi ! (in «Les sanctions ONEM, d’une sécurité sociale à une insécurité sociale. Les implications pour les CPAS», Ricardo Cherenti, mars 2010 ).

Dans la Radioscopie 2010 des politiques d’insertion dans les CPAS, les CPAS wallons avancent, pour 2009, seulement 173 sanctions pour fraude, ce qui est relativement faible par rapport à l’image que certains mettent en évidence des bénéficiaires-fraudeurs. Encore un mythe qui s’effondre…

Cependant quand on voit les montants de ce soi-disant “Revenu d’Intégration Sociale” qui met de facto les bénéficiaires sous le seuil de pauvreté, on peut légitimement se demander si ce n’est pas une incitation impérative à frauder, pour survivre, tout simplement.

Agnès Ramaekers, service disponibilité de la FGTB liégeoise, a résumé les chiffres de la Régionale comme suit: «un peu moins de 68 000 chômeurs affiliés chez nous ont reçu un avertissement et 13 000 sont entrés dans le carrousel, certaines personnes en sont à leur 5ème convocation de contrôle!». Si ça c’est pas du harcèlement? Et au bout du compte, l’emploi reste le grand absent, l’inaccessible Graal.

Depuis 2008, la FGTB liégeoise revendique la fin du carrousel, réclamant que tout demandeur d’emploi qui a fait une fois la preuve de sa capacité et volonté à chercher un emploi/une formation adéquate soit dispensé de tout contrôle ultérieur.

Comme l’emploi n’est pas le but ultime mais bien faire la démonstration qu’on est un «bon chômeur», les chômeurs s’engouffrent en formation et postulent à tout et n’importe quoi, pourvu qu’ils récoltent ainsi les preuves qui assureront leur «protection» contre l’épée de Damoclès qui pèse sur leur tête. C’est l’un des dommages collatéraux de l’accompagnement du Forem, l’inflation du nombre de demandeurs d’emploi en formation, les centres de formation ne désemplissent plus.

Les acteurs de l’insertion, comme les formateurs des entreprises de formations par le travail (EFT) hurlent dans le désert depuis 2005 que la pression faite aux chômeurs d’entrer en formation à tout crin nuit gravement à la dynamique de la formation qui doit fonctionner sur la motivation réelle de la personne, pas sur sa peur de se faire exclure. Enfin, question de point de vue, car pour la Ministre de l’Emploi actuelle (démissionnaire) Joëlle Milquet (Cdh), c’est une réussite. Cherchez l’erreur …

La Ministre de l’Emploi (démissionnaire) Joëlle Milquet justifiait sa politique en 2010 devant les critiques des CPAS (dans une lettre du 17 juin 2010 en réponse au courrier des CPAS wallons):

Je souhaite le maintien du plan d’accompagnement pour diverses raisons : tout d’abord, la période de crise, au lieu d’inciter à mettre fin à l’activation me conforte dans la conviction qu’il faut poursuivre :

plus l’emploi est rare, plus les chômeurs, et en particulier ceux qui sont les plus éloignés de l’emploi, ont besoin d’être formés et encouragés dans leurs démarches.

Ensuite le plan d’activation a montré son efficacité à un double niveau :
D’une part via un retour massif vers la formation, et c’est de cela dont nous avons le plus besoin, parce qu’il y a toujours des entreprises qui recrutent et qui ont besoin de personnel qualifié, et parce que ces recrutements reprendront de plus belle dès que la reprise viendra ;
D’autre part via une diminution du nombre de chômeurs de longue durée (2 ans et plus), qui sont précisément les bénéficiaires de l’activation.

Notre Ministre du Harcèlement Systématisé du Travailleur Sans Emploi se révèle une fan inconditionnelle d’un de nos plus fameux penseurs belges (sic), Jean-Claude Vandamme ou JCVD pour les intimes : «Quand vraiment on a une confiance, on devient confiant».

Belle réussite en effet, dont se targue l’ONEM dans ce tableau comparatif des exclusions pour ‘article 80’ et des exclusions et sanctions de l’activation de la recherche d’emploi qui a supplanté l’‘article 80’.

Tableau comparatif des exclusions (source ONEM 2011/chiffres jusqu’au 31.12.2010)

Avant la réforme, sévissait l’exclusion pour durée de chômage «anormalement longue», ou mieux connue sous le vocable ‘article 80’ et visaient les seuls chômeurs cohabitants, «l’exclusion n’était pas définitive – contrairement au contrôle de la disponibilité – puisque elle était suspendue en cas de changement de situation de famille ou de revenus», rappelle Agnès Ramaekers du service disponibilité des chômeurs FGTB à Liège.

Aujourd’hui, l’exclusion via le contrôle de la disponibilité est définitive, seul un recours à la CAN (commission administrative nationale) et au Tribunal du Travail peut tenter de la faire annuler.

Et mauvaise nouvelle, l’ONEM se vante dans son rapport 2010 d’avoir un taux ridiculement faible de jugements (CAN et Tribunal du Travail réunis) allant contre la décision de sanction de l’ONEM.

Les chiffres des sanctions comme le contrôle de la disponibilité tendent à soutenir que le chômage massif est lié avant tout à l’absence de volonté de trouver du travail dans le chef des chômeurs! C’est d’ailleurs ce que dénonce la FGTB liégeoise comme les CPAS wallons.

Les CPAS wallons accueillent +70,6% de chômeurs sanctionnés en 2009

Les CPAS wallons, chez qui échouent les exclus de la Sécu, ne tournent pas eux autour du pot dans leur dernière étude en date «Les sanctions ONEM, d’une sécurité sociale à une insécurité sociale. Les implications pour les CPAS» (Ricardo Cherenti, mars 2010 ).

L’hécatombe sociale se confirme : «Au 31 octobre 2009, les CPAS wallons prenaient en charge un total de 4 499 personnes ayant subi une sanction de la part de l’Onem. Ce chiffre est stupéfiant. En un an, la prise en charge par les CPAS des personnes sanctionnées est passée de 2 637 à 4 499, soit une progression de 70,6 %. En chiffre absolu, la progression est de 1 862 personnes. On s’en rend compte assez facilement, ce chiffre énorme a un impact considérable sur les finances des CPAS.»

Ricardo Cherenti, responsable de la cellule Insertion Professionnelle de la fédération des CPAS wallons explique :

C’est un changement fondamental de perception qui a des conséquences sociologiques et psychologiques considérables. En effet, nous sommes passés d’une société qui prenait en charge une responsabilité collective à une société qui individualise la responsabilité, ce qui ne peut qu’engendrer une culpabilisation des chômeurs, tenus responsables de leur «non emploi» ou, allant plus loin, les assimilant à des cas pathologiques relevant de la psychiatrie. Dans tous les cas, la société se dédouane d’une responsabilité collective et cherche à faire barrage aux «mauvais chômeurs». Car nous en sommes bien là. Il y a d’un côté les «bons chômeurs», qui s’inscrivent dans le plan d’accompagnement, qui suivent toutes les recommandations à la lettre et qui pour finir trouvent une forme de réinsertion (une minorité, nous le verrons), et de l’autre côté les «mauvais chômeurs» qui, eux, n’ont pas l’occasion de suivre un parcours exemplaire et qui se retrouvent dans bien des cas dans les rangs du CPAS (c’est l’objet de la présente étude). Ou ailleurs, et c’est une situation qui mériterait une étude car nul ne sait exactement où vont les personnes sanctionnées qui ne sont prises en charge ni par les CPAS, ni par la solidarité familiale ».

Le « bon chômeur », oui ! Mais aux yeux de qui ?

En 2007, déjà, des inquiétudes existaient dans le monde académique, ainsi Daniel Dumont, professeur en droit public à l’ULB écrivait: «Le pire, c’est la pénalisation accrue de la fragilité et du manque, la forme d’allégeance, de soumission consentante exigée des allocataires sociaux à des démarches dont le sens leur échappe largement ; le meilleur – même si l’on ne peut guère qu’en deviner les prémices, par la négative en quelque sorte –, ce serait une responsabilisation non plus par la punition mais par l’implication, une authentique prise au sérieux de la parole et des difficultés propres des usagers des dispositifs publics d’aide sociale» ( «Contractualiser la protection sociale pour la rendre plus efficace ?» – décembre 2007).

Madame A., membre de la Commission des Travailleurs sans Emploi de la FGTB liègeoise raconte :

Avant, on pouvait aller au Forem et confier ses problèmes, maintenant, on n’ose plus parce qu’il nous dénonce à l’ONEM. Et même si le Forem est content de nos démarches, ça ne veut en rien dire qu’à l’ONEM ça se passera bien. On a une double épée de Damoclès sur la tête, d’abord le Forem et ensuite l’ONEM. Je me suis présentée à mon entretien ONEM avec 200 preuves de recherche d’emploi. L’ONEM a épluché ma farde de preuves et en particulier les lettres qui n’étaient pas pliées en 4. Certaines lettres ne m’avaient pas été envoyées par la poste, je les avais obtenues en main propre, en me rendant chez des employeurs que je connaissais par mon hobby, je fais du théâtre amateur. L’ONEM a trouvé cela suspect. C’est quand même incroyable ce niveau là de méfiance. Si en plus quand on apporte une lettre on croit que c’est un faux, où est-ce qu’on va ?».

La FGTB liégeoise relate le cas du chômeur contrôlé par l’ONEM qui lui fait signer en fin de premier entretien, un contrat avec l’ONEM où il s’engage, notamment, à postuler à 4 offres par mois et le Forem qui suit le chômeur, lui fait signer un autre contrat où il postule à seulement 3 offres par mois, résultat, la confusion totale pour le chômeur et surtout une sanction implacable et automatique de l’ONEM car il n’a pas respecté le contrat signé avec l’ONEM mais bien celui du Forem!

Une situation kafkaïenne qu’une réforme de la Ministre de l’Emploi fédérale proposait de résoudre en définissant le contrat du Forem comme celui que l’ONEM contrôlerait à l’avenir.

Dès lors la défense syndicale devrait, elle aussi, avancer d’un étage et être présente dès le premier entretien individuel avec le conseiller emploi du Forem. Cette proposition n’a pas – encore – vu le jour à cause de, (ou plutôt grâce à), la chute du gouvernement.

Cela pose un autre problème, épineux pour les syndicats, le Forem est en contact avec des employeurs et l’affiliation syndicale du demandeur d’emploi serait connue du Forem et permettrait alors à une forme de « sélection naturelle » à l’embauche de se mettre en place, ce qui viole la vie privée du demandeur d’emploi, savoir ou non qu’il a une appartenance syndicale et laquelle…

Le Forem – délateur zélé

En effet, le Forem depuis 2004 a considérablement modifié son attitude à l’égard des demandeurs d’emploi inscrits et les dénonce systématiquement à l’ONEM pour des broutilles comme le fait de ne pas répondre à une lettre-convocation qui n’est même pas envoyée par recommandé avec accusé de réception.

Il faut savoir que le Forem radie le demandeur d’emploi pour non-réponse à deux convocations successives, cette radiation comme demandeur d’emploi inscrit au Forem conduit à la suppression de son droit au chômage. Pour rappel, quand on perd son job, on doit obligatoirement dans les 8 jours, s’inscrire au Forem (en Wallonie; à Actiris en région bruxelloise; au VDAB, en Flandre) et à un organisme de paiement (syndicats, payant ou CAPAC – gratuit mais …) intermédiaire de l’ONEM conjointement.

Le Forem est en outre un délateur zélé (comme le prescrit la législation mais il faisait de la «résistance» jusqu’en 2004), comme le révèle l’étude des CPAS wallons sur l’impact des sanctions ONEM sur les CPAS wallons « Par ailleurs, les CPAS, les syndicats et … l’Onem nous disent que le Forem envoie toutes les informations qu’il obtient à l’Onem, y compris celles que l’Onem ne demande pas. Ce flux informatique est source des sanctions«» (Ricardo Cherenti, mars 2010).

L’ONEM a tenu à souligner aussi ce bel effort de transmission accrue d’information émanant du Forem (dont l’objectif est de calmer l’ire flamande anti-chômeur et pro-régionalisation de la Sécu) dans son dernier rapport annuel (2010) comme l’illustre le tableau ci-dessous.

 

Dès lors, tous les moyens doivent être mis à la disposition du sans emploi pour se défendre et se protéger, afin d’empêcher de signer, sous la contrainte et la menace, des pseudo contrats, imposés par un organisme prétendument d’insertion reformaté en annexe de l’ONEM et apprenti contrôleur social.

Et cela d’autant plus que les conseillers emploi du Forem ne sont ni formés en droit social ou en droit du contrat, ni en législation ONEM, ces travailleurs proviennent pour l’essentiel du secteur de l’insertion, des assistants sociaux, des psychologues, des consultants d’agences d’intérims, en résumé, des généralistes, qui tentent d’appliquer les directives internes au Forem, avec plus ou moins de rigueur.

Critiquant la dernière réforme en cours du Ministre Régional Wallon de l’Emploi André Antoine (Cdh), la CSC et CGSP Forem ont ensemble signé une analyse qui souligne:

La note d’orientation augmente la dimension exécutante de l’Office. Or, un exécutant ne peut être évalué correctement que sur des critères de conformité, non de résultats. Les critères de résultats tels qu’énoncés dans la note (exemple : taux d’insertion) évaluent en fait la tutelle. La confusion entre performance du Forem et performance de la politique de l’emploi est patente et porte préjudice aux travailleurs du Forem qui doivent assurer des objectifs sur lesquels l’organisation qui les emploie n’a aucune maîtrise réelle.

Le front commun syndical CGSP/CSC/SLFP a déposé ce 28 avril un préavis de grève pour le 15 septembre 2011 afin de pousser le Ministre Antoine à entendre et répondre à leurs doléances.

De là à penser que l’incitation à faire du chiffre va devenir un des étalons de mesures qui évaluera le personnel du Forem qui travaille à l’activation, il n’y a qu’un pas… Que la N-VA (le parti séparatiste flamand, grand vainqueur des dernières élections, qui pratique la stratégie de l’escargot dans la formation d’un gouvernement fédéral pour ne pas perdre la face avant les communales de 2012) n’a pas hésité à franchir! Octroyer des bonus financiers aux Régions qui suspendraient davantage de chômeurs de leur droit aux allocations, la proposition de la N-VA, dévoilée le 11 avril par le quotidien flamand De Morgen, a été rejetée par la Ministre de l’Emploi, Joëlle Milquet (Cdh) au nom des Francophones qui négocient. Le doute n’est donc plus permis quant à la réelle volonté de limitation dans le temps de la protection sociale des travailleurs qui perdent leur job.

Un délégué syndical CGSP-Forem explique:

Il faut savoir que le Forem a bien changé. Avant les placeurs connaissaient leur secteur, le niveau de sous emploi et les possibilités qui existaient encore de trouver un job. Chaque offre d’emploi d’un secteur donné était gérée par ce placeur qui la proposait à environ une dizaine de chômeurs qu’il connaissait plus ou moins bien, de même qu’il connaissait aussi les employeurs de son secteur et était donc en mesure de pouvoir jouer les intermédiaires efficaces entre l’offreur et le demandeur. Maintenant, les offres sont diffusées par de multiples canaux (journaux, radio, télétexte, internet, services du Forem en libre accès et des partenaires), le demandeur d’emploi qui les consulte postule s’il le souhaite, mais surtout le conseiller en recrutement (anciennement placeur, ne connait plus les demandeurs d’emploi) et peut envoyer l’offre à un nombre plus ou moins important de demandeurs d’emploi en fonction du souhait des employeurs. De même que son conseiller emploi référent peut soumettre à ses demandeurs d’emploi des offres.

Et dans tous les cas, répondre à une offre a toujours été obligatoire; ce qui change aujourd’hui, c’est que l’offre d’emploi tend à devenir un prétexte pour juger de la disponibilité du demandeur d’emploi.

Aujourd’hui, nous sommes des conseillers emploi généralistes et nous sommes là pour rappeler les droits et les obligations du demandeur d’emploi, – surtout les obligations -, induire, voire prescrire une série de démarches qui ont été cataloguées par le Forem, – souvent aussi par le demandeur d’emploi heureusement – comme étant souhaitables : rédiger un CV, une lettre de motivation, prendre des contacts téléphoniques, participer à une séance d’information, s’inscrire à une formation, se rendre chez un employeur, répondre aux offres d’emploi et aux convocations envoyées par courrier chez lui, etc.

Il faut savoir qu’entre juin 2010 et juin 2011, le nombre de conseiller emploi du Forem aura doublé. L’objectif est d’accompagner un maximum de demandeurs d’emploi à chaque fois sur une période d’un an, avec un suivi obligatoire mensuel (ce suivi pouvant dans certains cas se faire à distance, il est vrai, mais il n’empêche que la distinction entre accompagnement et harcèlement tend à s’estomper).

A ce sujet, le personnel du Forem au travers de sa représentation syndicale FGTB a manifesté de vives réticences à l’égard de ces nouvelles exigences d’accompagnement, nous verrons si nous sommes entendu en haut lieu…

Le plus absurde dans tout çà, c’est qu’on est aujourd’hui dans une situation où on ne peut plus intercaler un rendez-vous pour quelqu’un qui le demande d’initiative, c’est un comble. Certains conseillers emploi s’autorisent encore la liberté de continuer à faire confiance à la personne quand ils voient qu’elle n’a pas besoin d’eux et qu’elle est dynamique et sait ce qu’elle cherche et comment chercher. Mais il faut avouer que chaque conseiller emploi a sa subjectivité et qu’il peut être plus ou moins directif selon ses propres valeurs.

Certains demandeurs d’emploi reçoivent plus de contraintes que d’autres en fonction de la personnalité du conseiller emploi. A partir de juin 2011, les conseillers craignent qu’il ne leur restera plus beaucoup de flexibilité : ils devront solliciter sans relâche le demandeur d’emploi accompagné, même si c’est par téléphone, tous les mois, il faudra mener une action vis à vis de lui.

Pour éviter le carrousel à un sans emploi qui a d’autres soucis par ailleurs, fort souvent (des problèmes sociaux ou de santé mais aussi, plus pragmatiquement, des problèmes de garde d’enfant. En région liégeoise, les garderies donnent la primeur aux gens qui travaillent et ne prennent plus personne avant l’année prochaine, et encore), il est loisible au conseiller emploi de l’inscrire dans une catégorie de métier où il n’y a jamais d’offres disponibles (je ne les citerai pas ici pour ne nuire à aucun sans emploi concerné, je vous laisse imaginer).

Quand on sait que l’écrasante majorité des travailleurs du Forem, 90% selon les syndicats, sont des contractuels, on ne doute plus des pressions croissantes voire écrasantes, «au résultat» qui peuvent s’exercer sur eux.

Les sans emploi contrôlés ne sont ni dupes ni motivés par la politique du bâton et de l’accompagnement qu’ils sont obligés de subir.

Melle B. témoigne:

Le Forem n’avait rien à m’apprendre sur comment chercher un emploi qu’il n’y a pas. Au lieu de me faire signer des contrats bidons où je décris, par le menu ce que je fais déjà, sans qu’on me l’ordonne ou me donne des coups de pied au cul, je préfèrerais que le conseiller emploi me mette directement en contact avec un employeur.

Pour moi, l’accompagnement du Forem ne sert qu’à me déprimer plus, en me disant que je dois à toute force prouver que je cherche un job qu’il n’y a pas. En outre, il m’oblige à aller consulter des services du Forem qui ne servent à rien non plus, et ne donnent même pas une information correcte, que j’ai obtenue, par ailleurs, en écrivant à l’administration centrale.

Si je ne parlais pas trois langues et ne cherchais pas en dehors de Liège et hors de la Belgique, je n’aurais pas de preuves en suffisance. Alors chercher, oui, mais jusqu’où dois-je aller, au bout du monde, pour trouver des offres dans mon secteur alors que le rapport du Forem montre qu’il y a une diminution des offres de 20% dans mon secteur en Wallonie, et, si j’en trouve une par mois sur Liège, c’est un miracle. Je suis diplômée, compétente et expérimentée et je cherche vraiment ! Je ne devrais pas être ici, c’est humiliant et profondément injuste et surtout la preuve qu’il n’y a plus d’emploi pour tous. »

Voulant souligner la double contrainte du chômeur, la FGTB wallonne lance une action CV au Forem, elle remettra quantité de CV anonymisé au Forem dans le courant du mois de mai et demandera au Forem de trouver une offre pour chacun. Un vrai défi!

Cependant, il serait tout aussi avisé d’envoyer les mêmes CV à la FEB en lui demandant d’organiser un speed dating pour démontrer que les employeurs correspondants existent bel et bien et démontrer ainsi que la pénurie d’emploi est un mythe wallon! Pas question qu’un seul CV reste sur le carreau of course …

Jean-François Ramquet qui siège au Comité de gestion (organe paritaire) du Forem a relayé les critiques de la FGTB sur le plan d’accompagnement des chômeurs et la réforme en cours du Forem (dont un nouveau décret wallon du 31 mars 2011 réforme les organes de gestion, suite à des critiques virulentes de la Cours des Comptes concernant les marchés publics). Le harcèlement du demandeur d’emploi par les conseillers emploi du Forem est évidemment applaudi par le banc patronal.

Il est donc bien clair qu’on n’est pas au paradis de la Belgique qui glande et se lève tard, ni dans le Disney World de l’accompagnement vanté par la Ministre Milquet mais plutôt dans «le meilleur des mondes»!

Corine Barella

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