Allocation d'insertion/Comprendre

Fin de droit au chômage en allocation d'insertion au 1er janvier 2015

A quinze jours de la mise en oeuvre de la fin du droit au chômage, le plus grand recul en droit social  que nous connaissions en Belgique depuis 1944, actuchomage.info a voulu faire le point sur la situation avec Daniel Richard, secrétaire régional de la FGTB Verviers et Communauté germanophone. (NB : en juillet 2015 de nouveaux changements sont prévus par #begov)

Si les chiffres initialement publiés, il y a deux ans, évoquaient 55.000 chômeurs en allocation d’insertion, ils se sont réduits à 20.000, suite à une manipulation du gouvernement Di Rupo qui vise à retarder l’échéance pour certains, sans les sauver vraiment du gouffre de l’exclusion. Mais nous ne connaîtrons le niveau de l’hécatombe sociale qu’en janvier 2015, date du début des hostilités, car chaque mois apportera son lot d’exclus qui iront rejoindre la cohorte sollicitant l’aide résiduaire du CPAS. Quand l’ONEM fera tourner son algorithme de la fin de droit au chômage et calculera qui est effectivement exclu vers la mi-janvier, nous connaîtrons à combien se monte la fracture sociale ce mois-ci. Les syndicats peuvent avoir des quasi-certitudes sur les chiffres de leurs affiliés par régionale désormais, voire par commune de leur arrondissement régional de l’ONEM.

Actuchomage.info a donc interrogé un des fers de lance de la contestation syndicale wallonne, Daniel Richard, le secrétaire régional de la FGTB Verviers et Communauté germanophone.

Tous les chômeurs, futurs exclus de l’allocation d’insertion, ont-ils été avertis ?

Cette question peut vous sembler étrange. Rappelons que l’Office national de l’emploi (ONEM organe fédéral) n’en est pas à son coup d’essai en tant qu’organisme le plus surréaliste de la bureaucratie belge, Kafka n’aurait pas de leçon à donner à l’Office ! En effet, l’ONEM aime  à communiquer sur des « décisions positives » comme … la fin de droit au chômage (si si ! Mais c’est bien sûr hyper-méga-positif, pour l’ONEM et son budget ! Pour les ayant-droits de la Sécu, l’augmentation des bébés pauvres et de la pauvreté en Belgique, le budget des CPAS, l’augmentation du nombre de sdf, des malades sans soins, les cohabitants futurs divorcés, etc. c’est peut-être une énorme catastrophe financière et sociale …).

Ecoutez la réponse (audio) de Daniel Richard (recueillie par téléphone la semaine dernière):

En bref : l’ONEM a prévenu les chômeurs il y a deux ans de leur potentielle exclusion, mais depuis leur situation a peut-être changé et il faut les ré-avertir formellement à la mi-janvier 2015 après avoir vérifié que leur droit est effectivement éteint. La lettre de janvier 2015 de l’ONEM est d’autant plus importante qu’une décision de l’ONEM est contestable au Tribunal du Travail endéans les 3 mois, on peut envisager de contester la fin de droit sur base du standstill (inscrit dans la Constitution) comme on l’a fait pour la dégressivité.

Comment les services régionaux de l’Emploi ont-ils réagi ?

Un des moyens pour éviter la fin de droit est d’être accompagné dans un projet d’insertion sous la tutelle des services régionaux de l’emploi. Le Forem pour la Wallonie et Actiris pour Bruxelles ont envoyé un courrier aux chômeurs qu’ils considéraient comme des exclus potentiels pour leur proposer de demander un accompagnement dans ce cadre. Cela ne « sauvera » le chômeur de la fin de droit que pendant deux ans, et s’il collabore positivement à son accompagnement spécifique qu’il a lui-même sollicité ici.

lettre Forem allocation insertion vdef 2014

Le Forem a fait la démarche après qu’Actiris l’ait lancée.

Lettre actiris allocation insertion 10 2014

Est-ce que tous les exclus du droit au chômage doivent solliciter un RIS au CPAS de leur commune ?

On sait déjà que les futurs exclus cohabitants sont majoritairement des femmes qui vont se retrouver à charge de leur partenaire qui a un revenu. Or le revenu d’intégration sociale (RIS) du CPAS est un revenu résiduaire avec conditions de ressources qui exige un strip-tease intégral du chômeur et qui conduit à une main-mise sur la gestion budgétaire du ménage ensuite souvent. Il est déjà préventivement laissé entendre aux cohabitants qu’il y a peu de chance qu’ils entrent dans les conditions pour bénéficier d’une aide, sinon peut-être des colis alimentaires … Néanmoins, il faut rentrer une demande et laisser le CPAS évaluer ce qu’il prendra ou pas en charge (il y a une panoplie d’aide, dont les aides à l’énergie, etc.). Malheureusement, la plupart des CPAS n’auront pas fait le choix de renforcer le budget du CPAS voire n’auront pas obtenu assez de financement supplétif du fédéral pour couvrir l’ensemble des nouveaux arrivants, comme c’est la cas à la Ville de Verviers. C’est ce qui fait dire aux syndicats que la mesure de fin de droit est purement idéologique, et clairement ne remettra pas à l’emploi des gens appauvris, qui connaîtront des problèmes pour payer leur loyer, etc le mois, voire les mois, suivant leur exclusion car un dossier au CPAS ne se règle pas avec la même rapidité qu’à l’ONEM, car les décisions des CPAS sont prises en conseil de l’aide, donc par une interprétation subjective du dossier par des assistants sociaux, entérinée ou non par les politiciens siégeant au Conseil de l’aide dont les décisions et débats se font à huis-clos.

 

Il n’y a aucun espoir que la fin de droit soit suspendue pour raison humanitaire et de simple décence humaine par un gouvernement des droites extrêmes qui, si le précédant gouvernement Di Rupo ne l’avait entérinée, se serait empressé de le faire. Le gouvernement Michel est en effet antisocial au dernier degré, il ne collabore qu’avec le patronat. Mécontent, le patronat, de la SEULE mesure favorable au travailleur, introduite par le gouvernement Michel, la garantie de salaire pour deux mois en cas de maladie a été retirée illico par un gouvernement au taquet quand le patronat hausse le ton.

Autant dire qu’à la veille de la grève nationale #15dec la plus importante qu’on aie connue en Belgique depuis des décennies, on sait que le gueulophone c’est peine perdue, par contre, empêcher le patronat de faire du fric, vu qu’il n’est pas partageur, ça par contre, ça fait grincer des dents. Et il ne faudra pas attendre longtemps pour voir les organisations de grands patrons demander des chars pour empêcher les piquets de grève, ils ont déjà fait un maximum de bruit côté communes et provinces pour obtenir des flics, mais si j’étais bourgmestre, je leur mettrais un marché en main, au lieu de bêtement obtempérer, je leur dirais de signer un contrat par lequel ils s’engagent à une commune ou une province sans chômage ad vitam, mais ça, c’est encore espérer qu’on a des politiciens qui pensent à autre chose qu’à leur intérêt personnel, et clairement être l’ami des patrons, ça rapportera toujours plus que d’être l’ami des exclus, même notre « bon » Roi a réussi à avoir meilleure presse en Flandre et ce n’est pas en devenant soudain le pourfendeur des droits des pauvres et des exclus …

Ceux qui n’ont pas la mémoire courte se souviennent que beaucoup de révoltes sont déclenchées par des ventres vides au plus profond du désespoir, ils voient la lumière et veulent reprendre leur vie en main, leur droit à la vie, à la mener comme bon leur semble,  et détrôner le(s) pouvoir(s) qui les opprime et les affame …

 

Corine Barella

 

 

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