Le chiffre

Le chômage bruxellois à son plus bas niveau depuis 24 ans ?

Décodage d’une vérité toute relative. Actiris, le service régional de l’emploi bruxellois,  se fend d’une communication tonitruante (très suivie dans les médias) au sujet des chiffres du chômage de janvier 2016 en Région Bruxelles-Capitale (RBC).

C’est l’effet : “c’est celui qui le dit le premier qui l’est”.

Il faut rendre à César ce qui est à César, le premier à avoir évoqué l’année 1992, c’est l’ONEM. Actiris n’a fait que re-sucer l’idée opportunément.

C’est tout de même gonflé de comparer une pré-période de récession à une autre période de récession … Selon la Banque Nationale, après la récession du début des années 80, la Belgique connaissait une nouvelle récession en 1993-1994.

En gros comparer une période de grave pénurie d’emplois à une autre période de grave pénurie d’emplois, ça n’a pas de sens ! Ce n’est pas un mieux !

Le fait que le chômage des jeunes étaient plus bas qu’aujourd’hui, statistiquement, occulte la réalité de la difficulté d’entrer dans l’emploi à l’époque, en 1992, qui demeure bien réelle car 10,7% c’est beaucoup trop et ça ne dit pas quel ralentissement dans l’offre disponible a pu avoir lieu au point de faire doubler ce niveau de chômage en deux ans, donc, c’est un cliché de l’accalmie, statistique, avant la tempête, car dans la réalité de la vie sociale de 1992, la récession était déjà palpable. Ces chiffres ne sont-ils pas une mal-mesure du phénomène du chômage ?

Mais l’effet est là, le message des 24 années laisse entendre, c’est subliminal, que ça va mieux et vraiment supercalifragilistiquement mieux !

Les chiffres officiels du chômage bruxellois

Comme le montre le graphique de janvier 2015 à janvier 2016, il existe effectivement des fluctuations et une légère, si légère, baisse du chômage par rapport à 2015. Comparer des chiffres à ceux de 1992, année noire pour les chômeurs, c’est à nouveau occulter toute la déshumanisation de la vraie situation sociale de l’époque, et laisser penser que ces chiffres-là était « mieux » qu’aujourd’hui, car « avant c’était pas comme maintenant », c’était mieux …

Sur 1 mois, entre décembre 2015 et janvier 2016, la diminution du nombre de chômeurs indemnisés est de 247 personnes.

Sur 1 an, entre janvier 2015 et janvier 2016, la baisse est de 7.750 personnes.

Que dire du mois de juin 2015 ou les nombre de chômeurs bruxellois étaient plus faible que ceux de ce moi-ci à 100.056 contre 100. 471 en janvier 2016 ?!

On voit tout de suite que quelque chose ne colle pas quand on compare le niveau d’offres d’emplois traité par Actiris – qui n’a jamais fait tiqué aucun journaliste de quotidien depuis 1992 ni même mérité une Une…

Bruxelles offres emploi janv 2016

 

En plus, les syndicats ont mis en évidence, – parce qu’ils sont organisme de paiement des allocations et qu’ils peuvent ainsi voir le nombre de personnes rayées pour fin de droit -, que la baisse du nombre de chômeurs depuis le 1er janvier 2015 était partiellement voire essentiellement due à la fin de droit aux allocations d’insertion des “jeunes” (jeunes est entre guillemets car les chômeurs éliminés des statistiques et du droit à l’allocation sont pour certains loin d’être “jeunes”) or les services publics régionaux de l’emploi, comme l’ONEM, qui exécutent les exclusions, ne communiquent pas mensuellement le nombre d’exclus (toutes les formes d’exclusions et sanctions du chômage) et donc ça rend difficile de contredire les chiffres officiels si l’impact de leur réforme du chômage la plus récente et controversée est dissimulée au grand public et au contrôle légitime de tout citoyen, une certaine transparence devrait être imposée légalement aux organismes publics. Ou il faut compter que le Parlement se réveille et décide de contrôler effectivement ce que fout son gouvernement (un ange passe).

Oralement toutefois, Actiris a communiqué à RTL que si le chômage des jeunes avait diminué de “10,7% sur un an” (…) en janvier, 20% de ces diminutions sont à attribuer aux jeunes qui ont perdu leurs allocations, et qui ne sont donc plus comptabilisés dans les chiffres ». Soit 49 « jeunes » sur 247 qui sont en réalité virés du chômage !

Beaucoup d’événements peuvent faire disparaître un chômeur des chiffres sans pour autant être dans un emploi : toutes autres formes d’exclusion (temporaire ou définitive), maladies, formation, stage, retraite, décès, etc.

Mais nous vivons dans une ère du cynisme politique décomplexé et du révisionnisme permanent, ou (verbiage marketing autour d’une pratique antédiluvienne de propagandiste) “storytelling” : on réinvente l’histoire racontée en permanence et comme personne ne vérifie plus rien, les journalistes n’enquêtent pas sur le chômage, on se retrouve avec des chômeurs concernés qui ne voient, comme soeur Anne, rien venir en terme d’éclaircie et une “opinion publique” qui ne retiendra que le gros titre, après tout c’est le but de la propagande efficace …

Autre problème, le taux de chômage s’obtient avec une donne importante : la population active. Or, comme le confirme le communiqué d’Actiris : « Sur la base des données de l’Enquête sur les Forces de travail, on constate que la population active occupée a, en Région bruxelloise, augmenté en 2014 de 4,2% par rapport à l’année précédente (+0,3% pour l’ensemble de la Belgique). » Fort bien mais il faut avoir les chiffres actualisés de la population active de janvier 2016 ou au pire de 2015, sinon la comparaison n’est pas raison !

Le chômage baisse et c’est une mauvaise nouvelle ! Si si !

Au moins pour 49 des ces 247 chômeurs bruxellois virés des statistiques comme du chômage, mais aussi pour tous les jeunes sous-diplômés dont le Ministre de l’Emploi ignore le nombre, forcément, on ne compte pas ce qui ne coûte rien et (CQFD) qui n’entrera pas dans le droit au chômage faute de remplir les conditions drastiques nouvellement instaurées par le gouvernement Michel (à noter que cette fois, je ne tape pas sur le gouvernement Di Rupo responsable, seulement, du plus grand recul en droit à la sécurité sociale depuis sa création en 1944 : la fin de droit au chômage des jeunes admis sur base des études).

Est-il pensable qu’un agenda pré-électoraliste voire une campagne générale pour redorer le blason de la Capitale européenne la plus décriée mondialement motive le gouvernement de Bruxelles-Capitale à se positionner comme le « champion de la lutte contre le chômage des jeunes » ? Alors même que Bruxelles est suspectée, dans le monde entier, d’avoir tellement discriminés les Magrébins d’origine qu’elle les aurait poussé à se radicaliser…

Il semble en effet totalement disproportionné de communiquer avec de tels superlatifs sur une si faible diminution du chômage. Cette communication laisse sous-entendre que les politiques sont efficaces à combattre le chômage alors que, depuis la réfonte du chômage de 1991, les politiques du chômage se sont concentrées sur la dissimulation du niveau de chômage réel ( la barre psychologique des 500.000 chômeurs) et l’attaque contre les droits des chômeurs, non pas, comme le citoyen sans emploi aurait pu l’espérer, la lutte pour la création d’emplois durables, socialement et écologiquement utiles et financièrement intéressants.

On voit donc bien ici un exercice évident de « comment communiquer positivement sur les chiffres du chômage en période de récession et de pénurie aggravée d’emplois quand on est responsable de politiques publiques, inefficaces voire nocives, qui conduisent à créer un cocktail dangereux d’anxiété, dépression, agressivité et problèmes cognitifs très graves pour la santé mentale des chercheurs d’emploi bruxellois » !

Offres d’emploi : chercher, c’est bien ; trouver c’est mieux !

Un conseil aux négationnistes de la pénurie d’emploi, vérifier à bonne source : les derniers chiffres de l’ONSS sur les créations nettes d’emplois. Malheureusement, ça ne suit pas bien côté ONSS non plus car les chiffres 2015, promis pour janvier 2016, ne sont toujours pas disponibles.

Durant la période 2013-2014, l’emploi en Belgique s’est redressé après une diminution deux années de suite. L’augmentation a atteint 0,7%, ce qui représente 25 400 postes de travail. Cette tendance persiste au cours de la période 2014-2015. » Source Dynam

Si pour toute la Belgique la création nette se limite à 25.400 emplois, il ne faut pas s’attendre à un miracle côté bruxellois (sauf à croire les prédicateurs au pouvoir en région bruxelloise). C’est à se demander où sont passés les millions de réductions de cotisations ONSS patronales, là franchement, on doit demander des comptes !

Celui qui n’est pas dans la galère de la recherche d’emploi et de l’obligation de satisfaire les désirs nihilistes de preuves de recherches bureaucratiquement correctes d’un emploi quasi inexistant, ne peut pas imaginer la colère et le désespoir que provoquent le déni systématique d’un état de fait démontré statistiquement depuis des décennies.

L’emploi n’est pas disponible au chômeur !

Ce doit être dû au fait que les gros titres (encore eux !) à l’instar de la classe politique, ne disent jamais ça, mais bien répandent un autre gros mensonge, patronal cette fois, sur leurs difficultés à recruter pour certains emplois. Il existe sans doute des moments de pénurie dans certains métiers mais vu que tous les centres de formations des Régions tournent à plein régime toute l’année pour répondre aux demandes du patronat de formations « clé-sur-porte » réalisées aux frais de la princesse (CQFD) il est tout de même surprenant que les patrons continuent de geindre sur des faux problèmes quand la solution est toute trouvée : former soi-même les gens à ses frais pour ses besoins (satisfaction garantie !).

Le comble, c’est qu’à l’issue de ces formations clé-sur-porte, il reste des chômeurs sur le carreau qui ne sont pas « résorbés » dans l’emploi car ces formations-là connaissent un taux stalinien de placement oscillant autour des 80% puisqu’elles sont commanditées par le patronat et ne concernent jamais que 10-15 personnes dont on ne sait pas si elles seront employées plus d’un jour car il suffit d’un jour presté en interim (un ange passe) pour être évalué travailleur à l’issue de la formation.

De là à penser qu’on donne des chèques formation en blanc au patronat sans jamais exiger d’eux la pérennisation dans l’emploi du personnel formé aux frais du contribuable, il n’y a qu’un pas …

Chiffres : La vérité est ailleurs

Le citoyen, chômeur ou non, est en droit d’exiger la transparence sur les politiques publiques menées dans un domaine qui le préoccupe en premier chef et d’attendre que de « bons comptes » soient tenus des chiffres des personnes au chômage comme refusées d’entrée, et publiés mensuellement.

Bref, il faut cesser ces publications mensuelles destinées à enfumer le citoyen au lieux de l’aider à comprendre l’étendue du problème du chômage pour ensuite pouvoir penser des solutions qui ne semblent pas trouver le chemin du cerveau des politiques belges à tous les étages …

Les chiffres oui, mais les bons au moins ! Ainsi la clarté et la lisibilité des statistiques devraient être améliorée, mentionner les chômeurs sanctionnés ou exclus par mois et par type d’exclusion, les chiffres des personnes réellement en emplois par type, des personnes retirés du chômage pour d’autres raisons, lesquelles, et la clarification de la catégorie « autres », un vrai fourre-tout de situations diverses qui n’a cessé de gonfler avec les années et qui mérite plus de précision.

On ne peut pas comprendre le phénomène sociétal du chômage, qui dépasse de loin le choix individuel du travailleur sans emploi (ce que le patronat a intérêt à nous faire croire car un chômeur est tout de même un travailleur dont le patronat ne veut pas !) et y trouver de bonnes solutions (bonnes pour le citoyen chômeur pas pour le budget des entreprises) – si tant est qu’on en cherche – si les données disponibles servent uniquement d’instrument de falsification de la réalité sociale dans le but de vendre une idéologie fasciste du « il faut forcer les chômeurs, ces parasites, les contrôler, les sanctionner,  les menacer, les affamer pour qu’ils consentent à travailler à bas prix et en fermant leur gueule ».  Alors que pléthore d’études sociologiques démontrent l’inefficacité de leurs politiques aux gouvernants qui persistent et signent démontrant ainsi que leur objectif n’a jamais et ne sera jamais dans l’avenir d’enrayer le chômage mais bien, comme le veut la NVA, de limiter dans le temps le droit au chômage pour renvoyer tous les chômeurs au niveau local: vers les CPAS, enfin certains …

Est-ce que l’objectif avoué de la NVA est vraiment un plus pour la société et l’avenir de l’humanité? Nenni! Le problème c’est qu’en enfumant le citoyen d’intox, on le conditionne à accepter l’inacceptable.

Chômeur, révolte-toi !

Corine Barella

 

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